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Ann O'Nymous

Table des matières

Introduction - Vieille garde - Débuts ambigus d’Anonymous - Premières actions contre la scientologie - Virage vers la légalité - 10 février 2008 : 1ère manifestation mondiale

Premières réactions de la scientologie - Premiers pas sur Enturbulation.org - Préparation de ma première manifestation - Une célébrité fait son coming out… sans YouTube - 15 mars 2008 : 2ème manifestation mondiale

Premières réactions de la scientologie - Vérification des faits - Travaux de traduction - Comptez les pattes, puis divisez par quatre… - La guerre des anciens et des modernes - Abonnés absents à la veille de la manifestation - Idées folles, idées fortes - 12 avril 2008 : 3ème manifestation mondiale

Anonyme… mais pas trop - Emergence des mini-raids - Modérateur sur Enturbulation.org - Attitude des forces de police - 10 mai 2008 : 4ème manifestation mondiale

De l’amiante bleue à bord du Freewinds - Wallraff de la scientologie - Psychodrame chez les admins - La voix de l’Amérique - Vaches grasses, vaches maigres - Descente au dôme du tonnerre - 14 juin 2008 : 5ème manifestation mondiale

Attitude de la justice


Séance d’auto-thérapie

Tout est parti d’un sujet au titre évocateur : « Qu’est-ce qu’Anonymous a fait pour vous ? »[1]

Extrait du message initial (traduction), qui couvre déjà une bonne partie des arguments mentionnés dans les messages suivants :

·         Anonymous m’a appris que rester assis à attendre que quelqu’un d’autre agisse ne suffit pas et ne suffira plus jamais pour moi.

·         Anonymous m’a obligé à revivifier des compétences relationnelles, notamment avec la police et les médias.

·         Anonymous m’a aidé à me souvenir de la force intérieure qui a toujours été en moi.

·         Anonymous m’a tiré de ma dépression.

·         Anonymous m’a appris à quel point l’ego est inutile dans la poursuite d’un but supérieur.

·         Anonymous a fait ressortir l’enfant en moi, faisant de chaque manifestation et chaque raid un Halloween.

·         Anonymous me permet de concrétiser mes rêves d’espion super-secret que nous avons tous eu à 7 ans en regardant notre premier James Bond, ou un autre film traitant d’une organisation secrète.

·         Anonymous m’a fait pleurer lorsque des gens nous remercie de ce que nous faisons.

·         Anonymous m’a obligé à mettre à jour mes compétences de programmation web et d’édition vidéo pour pouvoir exprimer tout cela.

Les premiers messages contiennent des éléments touchants – dont la véracité ne peut pas être établie, comme toujours – jusqu’au moment où le macho de service se sent obligé d’en placer une bien grave pour mettre fin à la sensiblerie ambiante, même si parmi les nombreux messages (135 à ce jour), on continue à trouver des témoignages parfois intéressants.

Ce sujet, c’est un moment d’émotion dans un monde de brutes.




Descente au dôme du tonnerre

Le 4 juin, j’ai vécu ma première descente au dôme du tonnerre (thunderdome). C’est un endroit charmant où on laisse les plus retardés des anonymes s’en prendre à un autre sous le prétexte qu’il ose exprimer son désaccord avec certains anonymes.

Petite chronologie. Le premier message (opening post) se plaint que les raids sont régulièrement déplacés du sous-forum Breaking news à Local events[1]. La discussion s’engage avec les pour, les contre et les bien au contraire. A un moment donné, j’entre dans la danse avec l’argument que ce sous-forum est destiné aux informations trouvées dans les médias (articles de presse, émissions de radio et de télévisions, news en ligne). La discussion continue, j’insiste, on m’indique que je pinaille (signal d’alerte que je ne comprends pas sur le moment). A un moment donné, je retourne à la définition fournie pour ce sous-forum et poste un message pour admettre que ma lecture est sans doute trop réductrice et conclus en me ralliant à une proposition qui vient d’être faite et qui clarifierait tout. Mais c’est trop tard.

Peu après, je suis accusée d’avoir pollué le sujet par mes demandes de clarification des termes. Dans le jargon, cela s’appelle « pleurnicher » (bawing) et c’est un grave délit…

Premier round

Le sujet est transféré dans le dôme et je suis la cible d’attaques que vous me permettrez d’évoquer en termes parfois elliptiques. Se basant sur mon pseudonyme à consonance féminine, je me fais traiter par un mod de prostituée, puis sont successivement publiées des photos de macs (noirs, bien sûr), de pilules pour le traitement de certaines maladies communes dans la profession. Dès le départ, d’instinct, je décide de répondre du tac au tac, mais avec des mots et en restant (presque) polie. S’ensuit une succession à peine soutenable d’images gore et macabres, parfaitement gratuites. Je continue à répondre à chaque message ou presque, sur un ton léger, quoi que légèrement provocateur. A un moment donné, au milieu de la nuit, je me retire en disant que je reviendrai.

A mon retour, je relance la discussion, utilisant même le terme de « petits branleurs » pour réanimer la flamme. A titre d’échauffement, le mod publie des photos de moi, du moins dans son imagination (nous reviendrons à ces photos par la suite). Puis des photos de plusieurs leaders noirs américains des années 60 et 70, puis du Ku Klux Klan. Devant mon étonnement et mon amusement sur son échelle dans l’horreur, il joue son atout : une photo à caractère auto-scatologique. Ma réponse, dans laquelle je lui demande s’il publie des photos parce qu’il a la bouche pleine, ne semble pas l’amuser. Des variations sur le thème sont ensuite publiées, avec des rajouts de moins en moins lisibles. A la fin, insulte suprême, je me fais traiter de pédé. Je demande alors au mod s’il est scientologue, trouvant son échelle de l’horreur très similaire à la leur. Il me le confirme et, content de lui, le mod m’informe qu’il est fatigué après tous ces efforts et qu’il va dormir. Il ne reviendra pas… Ses minions prennent le relais, mais le cœur – ou l’inspiration – n’y est plus et j’ai la (fausse) impression d’avoir gagné.

Si j’en étais restée là, je pense que tout serait rentré dans l’ordre, même si j’étais devenue la risée de tous les oldfags. Mais il y avait ces photos de « moi » ou plutôt la manière dont elles ont été publiées.

Deuxième round

Un peu sonnée, mais déterminée à comprendre ce qui vient de se passer, je reprends l’ensemble des messages. Je détecte l’alerte qui m’a échappée la première fois, regrette que mon attitude conciliatrice n’aie eu aucun effet et repasse – rapidement et en me pinçant le nez – la série de photos. C’est alors que je constate une anomalie sur « mes » photos. Elles sont publiées sous mon nom. Sur les deux premières, la rubrique d’édition montre clairement qu’elles ont été éditées par le mod, qui en a le pouvoir (ce que je sais depuis ma brève période à ce poste). C’est de la tricherie – ce qui tend à démontrer qu’il commence à perdre pied – mais au moins c’est clair. Sur la troisième, rien. On pourrait donc penser que c’est moi qui l’ai publiée. J’envoie un rapport aux administrateurs (admins) et aux mods pour demander si l’usurpation d’identité est autorisée sur Enturbulation. N’ayant pas reçu de réponse dans un délai que je juge raisonnable (plus de 12 heures), je décide de tirer cela au clair.

Sachant que cela va m’attirer des ennuis, mais ayant finalement conclu que la question était trop grave pour être laissée en suspens, je publie un nouveau sujet suggérant la possibilité d’un abus d’identité par un admin ou un mod[2]. On me répond que ce genre de sujet se règle en contactant un de ceux-ci par message privé. Je réponds que je refuse de m’adresser potentiellement à l’auteur du délit. Retour au dôme. Je continue à argumenter face aux explications alternatives (et fausses) fournies et aux quolibets. Je demande simplement que l’on m’explique ce qui s’est passé. Finalement, un admin compatissant me demande à quoi je fais référence et m’explique qu’effectivement, il est possible de modifier un message sans que cela se voie. Forte de cette information, qui est complètement nouvelle, je publie un message dans lequel je reconnais mon erreur sur l’abus, mais mentionne mon malaise quant à ces modifications invisibles.

Troisième round

Ecœurée de ce que je perçois comme une violation de mon identité – même fictive – je réfléchis longuement à la nouvelle situation. Etant devenue la risée des oldfags – mais auteure de nombreux sujets appréciés de certains dans la partie « normale » du forum – j’entre-aperçois un futur possible dans lequel un mod ou un admin espiègle s’amuserait à modifier ces messages pour poursuivre l’œuvre entreprise dans le dôme. Cette possibilité me rend malade. Je décide d’anticiper ce coup potentiel en vidant tous les messages importants que j’ai publié par le passé.

Lorsque les premiers messages tombent pour demander la raison de cela, je publie un bref message posant la question du respect de l’identité. On me répond de me taire. Deux messages sont restaurés à partir des archives. Je les vide à nouveau. Un mod m’informe que je dois cesser. Je lui réponds que je pense avoir le droit de les détruire, les ayant rédigés de A à Z. Il me répond que ces posts sont utiles au projet général[3]. Je reçois un avertissement (infraction). Plus grave, je reçois la confirmation qu’un message peut être modifié – dans ce cas rétabli – sans laisser de trace, y compris dans la partie « normale ». Je fais part de mon désaccord quant à ce rétablissement et demande qu’au moins l’intervention d’un tiers soit clairement visible. Avertissement.

Finalement, plusieurs de mes sujets ont été remis en ligne sans mon consentement[4]. Au moins un de mes sujets a été repris par un tiers[5]. Mon nom a complètement disparu de ce sujet, y compris dans le contenu comme traductrice.

Je me tiens à carreau sur Enturbulation, mais j’ai décidé d’ouvrir le débat sur le présent blog. L’avenir dira comment Enturbulation appréciera cela.




Vaches grasses, vaches maigres

Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas sur Enturbulation.

Certains jours, les bonnes nouvelles tombent en grand nombre : un bon article dans la presse, un passage à la télévision d’un anonyme ou d’un membre de la vieille garde, un rapport sur un mini-raid épique ou une vidéo bien troussée. Ces jours-là, Enturb frémit d’une énergie perceptible. Les blagues fusent, les commentaires s’enflamment, les idées jaillissent.

Mais d’autres jours, c’est une morne plaine. Pour remplir le vide, certains lancent des sujets oiseux, voire hors sujet (off topic). Les notes s’allongent sans gagner en intérêt, les réponses manquent de conviction. Faute de trouver de détail croustillant fourni sur un plateau, on part en chasse sur la toile pour essayer de trouver la moindre bribe d’information qui va dérider tout le monde. Ou bien on s’intéresse à autre chose.

La grand messe mensuelle commence à suivre une liturgie bien définie : on se prépare à la manif’, on y va et on informe. Sur le sous-forum dédié à l’occasion, les premiers rapports proviennent de l’est. L’Océanie fournit les premiers rapports très partiels (« les photos et les vidéos suivent ») qui donnent le ton. Sydney, Camberra, Melbourne, Christchurch, Wellington : autant de signes annonciateurs de la suite des événements. Puis suit le silence de l’Asie, avec quelques petites exceptions. L’Europe entre en action, dans sa diversité linguistique et culturelle. Les tendances se confirment ou pas, on commence à percevoir la dernière trouvaille des scientologues pour nous contrer. Silence sur l’Atlantique. La côte Est de l’Amérique du Nord se met en branle, puis le centre et tout se termine en Californie.

L’avalanche d’informations est ingérable et le serveur menace d’exploser. On en est réduit à picorer : ici, on a une connaissance qui manifeste ; là, la situation a été annoncée comme tendue ; ailleurs, on annonce un événement particulier. Les premières estimations tombent, il est temps d’aller les collationner.

Dans les jours qui suivent les vidéos font leur apparition. A la longue, elles finissent toutes par se ressembler, même si les détails continuent à différer. Les événements sont commentés, analysés. De nouvelles propositions sont énoncées pour améliorer la prochaine manif’ ou pour contrer la dernière trouvaille des scientologues. Tout finit par retomber dans le train-train quotidien.


Psychodrame chez les admins

Le 19 mai, coup de théâtre interne. Deux messages sont publiés sur le forum des mods : « Qui a donné accès aux fichiers à dr3k ? » et « Aérer la chambre à lessive ». Je vais alors apprendre plus de choses sur le fonctionnement interne d’Enturb en une heure que lors des trois mois précédents[1].

Il y a au moins quatre admins. LE détient Mimi, le serveur sur lequel est implémenté le site. Il a créé le site avec Tamphex, qui semble être en retrait pour l’instant. Poppins, ami de LE, assure la maintenance de fond du site. Tuesday assure la liaison avec les utilisateurs. Dr3k (prononcer drek) est un ancien admin, qui a été banni pour une raison que j’ignore, mais a obtenu le droit de publier sous un autre nom, puis a ensuite été réintégré.

Tuesday a transmis à LE les demandes répétées de certains utilisateurs quant à l’utilisation des dons faits sur son compte Paypal. Pour cela, Tuesday se voit retirer temporairement ces droits d’admin et s’en plaint à Tamphex, qui écoute d’une oreille distraite, ayant d’autres chats à fouetter (pour son travail). Tuesday publie leurs échanges sur le forum des mods, qui, pour la plupart, s’expriment en sa faveur. Ces échanges sont aussi publiés sur un autre site, entraînant le bannissement du son responsable.

Il paraît vraisemblable que Tuesday, au cours de sa bisbille avec LE, a donné accès à dr3k à des fichiers sensibles. Se sentant menacé par la demande directe et impérative de Poppins, il publie sa version des faits. Entretemps, Poppins a retiré du site tous les messages de dr3k, sous ses deux pseudonymes.

La plupart des admins et des mods semblent avoir passé plusieurs heures à chater ce jour-là. Résultats des courses le 20 mai : Tuesday, dr3k et quelques autres sont bannis d’Enturb. Cinq modérateurs, dont le soussigné, perdent leur titre de modérateur. Tamphex, co-fondateur du site avec LE, semble s’être distancier.

Lorsque l’information parvient sur le forum principal, c’est une belle cacophonie. Les avis semblent partagés en trois camps. Le premier continue à demander plus de transparence et dénonce le coup de force de LE. Le second regrette la manière, mais donne raison à LE. Le troisième donne entièrement raison à LE. Pour les deux derniers groupes, il faut assurer l’essentiel : Stay on target.



[1]        Ces messages ayant été transférés du forum des modérateurs au forum général, leur contenu est public.


La voix de l’Amérique

Enturbulation est largement dominé par les Anglo-saxons. Etatsuniens, Britanniques, Canadiens, Australiens et Néo-zélandais y occupent les postes-clés et forment le gros des bataillons sur le site et dans les manifestations[1].

Ceci s’explique notamment par l’origine et le développement de la scientologie. Créée aux Etats-Unis, elle a commencé son expansion dans ce pays, à partir de la Californie. Puis, lorsque les problèmes ont commencé, LRH a déménagé à Saint Hill, en Grande-Bretagne, où il vécut pendant XXX ans, jusqu’à ce que la justice l’oblige à vivre en mer, dans les eaux internationales. Les dernières années de sa vie, il débarque sa flottille à Clearwater, en Floride, même si lui-même vit caché en Californie jusqu’à sa mort en 1986.

Cette prépondérance se retrouve tout d’abord dans la langue. Enturb est un site anglophone, avec des enclaves allophones : les sous-forum « International »[2] et « Composition et traduction »[3]. Pour exister, mieux vaut donc avoir un bon niveau de maîtrise de la langue de Shakespeare et de Mickey. La tolérance envers les allophones est très grande. Par ailleurs, les différences entre les différentes ères anglo-saxonnes ne sont pas facilement perceptibles, du moins pour un non-natif.

Cette prépondérance est aussi culturelle. Un des points sur lesquels celle-ci est la plus visible est le respect quasiment absolu dont semble bénéficier la religion aux Etats-Unis. La discussion du caractère religieux de la scientologie n’est pas bannie, mais fortement contrôlée. On trouve de nombreux commentaires d’outre-Atlantique qui envient la liberté de ton autorisé en Europe.

Par contre, sur le plan légal, la diversité est bien reconnue, peut-être parce qu’elle existe entre les pays anglo-saxons. C’est pourquoi des points spécifiques – tel le statut fiscal particulier de la scientologie aux Etats-Unis – n’ont pas été proposés comme thème de manifestation.

Enturb est donc bien un collectif international sous domination étatsunienne. En cela, ce site ne semble donc pas trop différer du reste d’Internet et de la société en général.



[1]        La répartition par continent est approximativement la suivante : Amérique du Nord 55-65%, Europe 15-25%, Océanie 10%.

[2]        http://forums.enturbulation.org/99-international-discussion. Peu utilisé. C’est là que le présent texte a été publié pour la première fois.

[3]        http://forums.enturbulation.org/41-translation-text-composition-projects. Dans ce sous-forum, la composante anglophone contient la mention « composition seulement » démontrant bien la difficulté à imaginer, du moins au départ, la circulation bidirectionnelle de l’information. Pourtant, dans les faits, de nombreux textes sont traduits en anglais.


Wallraff de la scientologie

Le 15 mai, paraît sur le site de Stern TV – bras audiovisuel du journal allemand du même nom – une courte interview de Fredy Gerais[1]. Ce journaliste a passé 5 mois dans la scientologie, équipé d’une caméra cachée. L’interview est destinée à lancer l’émission du même soir sur RTL (chaîne de télévision en allemand)[2].

Lors de cette émission, un montage des moments les plus significatifs de son passage dans les locaux de la scientologie, suivie d’une interview de Fredy Gerais et des premières réactions des spectateurs. Mais l’émission sert aussi de lancement à l’article qui paraîtra dans Stern – savant mélange d’un Paris-Match pour les photos et d’un Express pour le sérieux des articles – le 15 mai[3].

A l’instar de Günther Wallraff – qui a passé deux ans dans la peau d’Ali, un travailleur émigré turc[4] – Fredy Gerais s’est inscrit à la scientologie et y a mené un parcours qui l’a conduit aux portes de l’engament comme employé. Au cours de ce processus, il a été capable d’établir, de manière vérifiable, ce qui se passe réellement à l’intérieur.

Tout y passe. Les promesses de guérison de tous les maux, y compris le cancer. Le contrôle étroit des nouveaux membres, pour les isoler. Les pressions diverses pour qu’il signe son contrat d’engagement (le passage concernant son jeu pour éviter de signer avant la date butoir du jeudi à 14 heures est très amusant). Le dénigrement immédiat de sa petite amie (« Peut-être qu’elle te trompe ») dès que celle-ci prend une attitude négative sur la question de son engagement. Les techniques pour « gérer » les non-scientologues. Le fanatisme des jeunes employés (âgés de 20 ans à peine).

Encore plus grave, les discours sur la situation de la scientologie en Allemagne. C’est le dernier verrou. Il faut absolument tout entreprendre pour le faire sauter. Des politiciens sont prêts à se déclarer favorables à la scientologie dès que l’occasion se présentera.

Confrontés aux déclarations officielles de la scientologie, ces éléments totalement contradictoires vont faire mal. Nul doute que cet article de Stern contribuera à ternir durablement l’image déjà fortement dégradée de la scientologie en Allemagne.



[2]        Allemand, sous-titré anglais : http://vimeo.com/1015945.                                                                                        

[4]        « Tête de turc », 1987.


De l’amiante bleue à bord du Freewinds

Le Freewinds est le bateau de la scientologie à bord duquel ont lieu de nombreux séminaires, dont ceux relatifs aux niveaux supérieurs des cours Operating Thetans (OT, Thétans opérants). Il circule dans les Caraïbes, en évitant soigneusement les eaux étatsuniennes, perpétuant ainsi la période maritime de la vie de L. Ron Hubbard[1].

La construction de ce bateau en 1968 est assez complexe, puisque conçu comme un ferry, il sera modifié en cours de construction en bateau de croisière. Il est finalement racheté par la scientologie en 1987[2]. En 2001, l’architecte anglais Lawrence Woodcraft, en charge de travaux d’aménagement après le rachat, rédige une déclaration sous serment (sworn declaration) dans lequel il affirme avoir informé à l’époque les responsables de la scientologie de la présence d’amiante bleue – la forme la plus dangereuse – dans la plupart des composantes du bateau[3]. Aucune action n’a été entreprise.

Au mois d’avril 2008, le Freewinds se rend à Curaçao pour des travaux de maintenance. Il est mis sous scellé par les autorités portuaires. La raison n’en est pas claire. La majorité des sources font référence à l’amiante, mais d’autres parlent de travaux de travaux de sécurité sur la coque non effectués à temps.

Sur Enturb, c’est le branle-bas de combat. De nombreux sujets sont ouverts[4], tout le monde veut faire quelque chose. On commence à répertorier les scientologues ayant suivi des cours sur le Freewinds : il y en a environ 20'000 ! Par contre, aucune information sur les personnes présentant un risque nettement plus élevé : les ouvriers ayant fait les travaux et le staff à bord du bateau. On parle de leur écrire, d’ouvrir un site Internet… mais rien n’est vraiment fait.

Quelques médias s’emparent de l’affaire, mais assez souvent sous l’angle du risque pour les célébrités[5].



[1]        Après de nombreuses années passées en Angleterre, LRH a du quitter précipitamment ce pays pour échapper à différentes poursuite (ref). Il a peu à peu constitué une flotte de trois navires qui a erré plusieurs années dans la Méditerranée. Les équipages de ces navires ont formé les premiers rangs de la Sea Org.


Modérateur sur Enturbulation.org

Le 5 mai, je deviens modérateur sans autre forme de procès. Un message privé de TakeAnonMe me demande si je suis joignable sur AIM ou Skype. Avant de répondre, je me renseigne : je crois savoir ce qu’est Skype (téléphonie sur Internet), mais AIM, jamais entendu parler. Pour ne pas paraître trop idiot, je crée un compte sur Skype et un autre sur AIM (un chat).

« Ca te dirait de devenir modérateur sur Enturb ? » « Oui, mais je ne suis pas un as de l’informatique. » « Pas nécessaire, bienvenue au club. » Le chat réel, en anglais est à peine plus long.

Me voilà donc modérateur. Lorsque je retourne sur le site, je me retrouve doté de superpouvoirs : je peux déplacer, regrouper, détruire des messages, voire des sujets entiers. Je peux aussi accéder à la partie du forum réservée aux admins (administrateurs) et aux mods (modérateurs). M’y attend un message de bienvenue, commun avec d’autres nouveaux mods. J’y découvre que plusieurs ont été récemment révoqués, pour des raisons que j’ignore. Je remercie et informe que je vais observer pendant un certain temps, me retrouvant pour la première fois dans cette position.

Je constate rapidement qu’il s’agit de faire la police sur le site. C’est un boulot ingrat et pas très apprécié des utilisateurs. Je passe donc maintenant une partie de mon temps à patrouiller les centaines de nouveaux messages postés quotidiennement. La vingtaine de mods n’y suffit pas. Heureusement, nous avons un réseau d’indics efficace : chaque membre peut envoyer un rapport en cas de message suspect. Nous nous rendons parfois sur place pour constater l’étendue des dégâts et prenons les mesures qui s’imposent : amendes ou bannissement temporaire ou définitif.

Le tarif des amendes est affiché à l’entrée, avec les différentes catégories d’infraction et la sanction requise. Dans la pratique, nous disposons d’une certaine marge de manœuvre, dans le respect de la proportionnalité : on ôte des points pour un délit mineur, mais des menaces de mort entraînent un bannissement immédiat et définitif.

Il existe au moins une sanction non écrite : Feed it to the chans (donnez-le en pâture aux chans). Autrement dit, déplacé le message dans le dôme du tonnerre (thunderdome). Là, le grincheux, l’emmerdeur ou le présumé scientologue sera livré aux railleries et autres gentillesses des utilisateurs les moins respectueux…

Vu le nombre de cas à traiter, la justice est assez expéditive : pas d’avocat, pas de procès équitable. Le condamné qui se sent injustement frappé peut toujours nous contacter pour demander des explications, mais c’est rare. Parfois, les mods discutent entre eux en cas de doute, mais en général, c’est selon le principe du premier arrivé, premier servi.

Une fois, j’ai complètement effacé un sujet. Le message d’ouverture était d’une candeur extrême et signé du vrai nom de son auteur. En plus, il contenait des détails permettant facilement de le localiser. Je lui ai envoyé un message pour lui expliquer mon geste. Après quelques échanges aigres-doux, cette personne a créé un nouveau compte sous un pseudonyme… et vogue la galère.


Attitude des forces de police

De manière générale, la réaction de la police aux actions d’Anonymous a été très adéquate[1]. Sans doute un peu surprise au départ, notamment dans les villes où un permis pour manifester n’est pas nécessaire, la police a agi de manière très professionnelle. Il y a bien eu quelques cas un peu tendus, mais c’est l’exception.

Le premier cas est celui de la ville d’Atlanta. Le 10 février, une vingtaine de policiers du comté de DeKalb, dans la banlieue d’Atlanta, sont déployés en tenue anti-émeute devant l’entrée du complexe résidentiel dans lequel se trouvent les locaux de la scientologie[2]. Ordre est donné aux manifestants d’enlever tout moyen qui dissimule trop leur visage. Le 15 mars, la situation se détériore : deux manifestants sont arrêtés sans résistance et les passants qui klaxonnent sont verbalisés par des motards de la police. Les images montrant les officiers de police se restaurant devant les locaux de la scientologie et emmenant les personnes arrêtées vers ceux-ci tendent à démontrer une collusion inacceptable[3]. Pour finir, la situation se normalise après intervention discrète de personnes non identifiées et les manifestations suivantes se déroulent normalement.

Le second cas concerne la police de la City de Londres. Cette unité sans doute unique en son genre – car directement rattachée aux responsables privés de la City – a décidé que l’usage du mot cult (secte) serait interdit le 10 mai. Un manifestant, qui refuse de déposer sa pancarte en se référant aux termes employés par un juge en 1984, se verra convoquer au tribunal après avoir été averti[4]. Un peu plus loin, la police métropolitaine, en charge du reste de la capitale, ne trouve rien à redire. Seules les mauvaises langues oseront faire un rapprochement entre l’attitude de la City police et les rapports plus que cordiaux entretenus avec la scientologie, y compris des cadeaux reçus par une vingtaine de policiers en 2006[5]. Finalement, les charges contre ENG (Epic nose guy, Gars au nez épique) seront retirées, après une levée de bouclier générale, notamment de la presse[6].

On peut encore citer le cas de la ville d’Orlando, en Floride, où la police semble faire du zèle[7].

Mais, ces cas mis à part, la police fait preuve d’une attitude neutre, voire parfois favorable à Anonymous. C’est notamment le cas sur la question du port d’un masque. Du fait de la nature litigieuse de la scientologie, la police autorise le port d’un masque dans la plupart des villes allemandes et dans plusieurs autres villes dans le monde, alors que ceux-ci sont habituellement interdits lors de manifestations.

Quant au FBI, il a fait savoir qu’il ne voyait pas matière à entreprendre d’action contre Anonymous[8]. Tout cela contribue à minimiser la portée des accusations de terrorisme portées par la scientologie.



[3]       

[5]        http://www.guardian.co.uk/uk/2006/nov/22/freedomofinformation.religion. A noter que la mention de la présence et le message d’un officier supérieur (Divisional Commander) à l’ouverture du nouveau QG au cœur de la City (http://shortal.com/uptone/spectacularGrandOpen.html) ont été retirés du site de la scientologie londonienne (http://scientology-london.org/articles/610230006121.vm).

[6]       

[7]       

[8]        CNN.